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DZ Mafia : la naissance d’une nouvelle puissance criminelle à Marseille

  • Photo du rédacteur: connaitrelamafiasc
    connaitrelamafiasc
  • 6 mars
  • 8 min de lecture

Introduction

Le 10 février 2026, un mineur de 15 ans comparaît devant la justice pour le meutre d’un chauffeur de VTC, Nessim Ramdane, le 4 octobre 2024. Ce meutre aurait été commandité par une organisation criminelle en pleine expansion : la DZ Mafia. 

À partir de 2023, son nom émerge à la fois dans l’espace médiatique et dans les procédures judiciaires. Cette appellation est doublement inédite. D’abord, ce groupe criminel se dote d’une identité ethnique (DZ renvoyant au code alpha-2 de l’Algérie). En réalité, la DZ mafia est composée d’une multitude de nationalités. De plus, cette dernière s'autoproclame comme étant une mafia. Ce terme est pourtant habituellement attribué par les médias ou, selon le contexte, les autorités judiciaires. De ce fait, Jean-François Gayraud explique qu’il est important de définir correctement ces groupes afin de lutter efficacement contre leurs activités criminelles. 

Selon Laurent Carroué, une mafia peut être définie selon quatre aspects : son organisation (qui est secrète et structurée), son enracinement (qui s’établit dans un berceau historique et se maintient par l’intimidation, la contrainte et la violence criminelle), ses activités illégales (qui sont diverses) et son infiltration dans les sphères étatiques, politiques, sociales, économiques et financières.   

Il convient ainsi de se demander si le terme “mafia” qualifie véritablement la “DZ Mafia”.   


Une “agence d'intérim du crime”

Un mois après l’assassinat de Nessim Ramdane, un groupe d’hommes se revendiquant de la DZ Mafia publient une vidéo sur les réseaux sociaux. Au nom de l’organisation criminelle, ils se désolidarisent de ce meutre ayant profondément ému la communauté marseillaise. 

Cette vidéo, qui s’apparente à une conférence de presse, est un acte inédit dans l’histoire des organisations criminelles. Elle permet au groupe criminel d’envoyer un message à la société marseillaise : la DZ Mafia est structurée, elle suit des règles et n’est pas l’ennemie des Marseillais. 

Pourtant, l’organisation de la DZ Mafia ne correspond pas au modèle traditionnel mafieux. En effet, elle a été fondée par Mehdi Laribi (alias “Tic”), qui dirige l’organisation avec ses homologues Gabriel Ory (alias “Gaby”), Amine Oualane (alias “Mamine”) et Mahdi Zerdoum (alias “La Brute”). Trois d’entre eux sont en prison où ils pilotent à distance les opérations de la DZ Mafia. En effet, ils recrutent des individus parfois mineurs via des applications telles que SnapChat, Télégram ou Signal dans le but de conduire leurs activités illégales. À la suite d’un entretien d’embauche virtuel, toute la logistique et le matériel nécessaires à l’opération sont fournis à l'individu à l’aide d’un assistant du dirigeant commanditant l’action nommé le “1”. 

Ce mode opératoire marque une rupture dans l’histoire des organisations criminelles marseillaises. Si les groupes criminels traditionnels, dont mafieux, sont constitués de membres permanents et aux fonctions définies, la DZ Mafia embauche ponctuellement du personnel afin d'exécuter ses opérations qui sont souvent mal rémunérées. On parle ainsi d’une uberisation de ManPowerisation et même de précarisation du milieu criminel. Cette dynamique est issue de l’évolution de la société, de la technologie et de l’économie.

La DZ mafia est ainsi une organisation criminelle qui défie les structures traditionnelles mafieuse et se distingue par ses objectifs ultra-capitalistes. Elle s’oppose à l'éthique du secret caractérisant les mafias via un recrutement rapide et temporaire. Ce n’est pas une organisation secrète mais bien une “agence d'intérim du crime”. 



Un enracinement ultra-violent 

Cet ultra-capitalisme s’accompagne d’une ultra-violence qui caractérise la DZ Mafia que ce soit au travers de règlements de comptes ou d’actions d’intimidations. 

En effet, dès sa sortie de prison en 2021, Tic s’est allié avec plusieurs groupes criminels afin de récupérer ses points deals volés durant son incarcération et d’étendre son emprise territoriale. De cette volonté est née une guerre de gangs entre la DZ Mafia et l’organisation criminelle Yoda. Cette guerre sanglante est alors responsable de 73% des faits d'homicides ou de tentatives d’homicides en bande organisée à Marseille en 2023. 34 homicides sont imputés à la DZ Mafia et 24 le sont à Yoda. Cette quête de pouvoir est remportée par la DZ mafia, qui domine ainsi une très grande partie des points de deal marseillais. Cette volonté de monopole s’inscrit dans une logique de “captation de la rente” : celui qui contrôle le point de deal maîtrise les flux d’argent et détermine qui peut en tirer profit. 

Selon Jean-François Gayraud, “cette image d'omnipotence et d’omniprésence permet d'obtenir la soumission sans recourir sans cesse à la violence, car la réputation suffit à faire taire ou à faire payer”. Ainsi, diverses actions sont menées afin de construire et d’entretenir cette réputation. L’une des plus médiatisées est le meurtre, en novembre 2025, de Mehdi Kessaci, frère cadet d’Amine Kessaci, militant engagé dans la lutte contre le narcobanditisme. Ce dernier s’était publiquement engagé dans cette cause après l’assassinat de son demi-frère, Brahim Chabane, en décembre 2020. Selon les enquêteurs, Amine Oualane serait impliqué dans la mort de ces deux hommes : il aurait lui-même tué Brahim et serait le commanditaire présumé du meurtre de Mehdi, orchestré depuis sa cellule. Ces assassinats, qui ont profondément marqué la société marseillaise, renforcent la nécessité du combat mené par Amine Kessaci : lutter contre le narcotrafic et transformer le regard porté sur les quartiers populaires.

Ainsi, la DZ Mafia est bien enracinée sur le territoire marseillais qu’elle contrôle en grande partie à travers la violence et l’intimidation. Cet ancrage local se traduit par ailleurs par l’extorsion de personnalités publiques marseillaises. 


Un marché “polycriminel” en plein essor

En effet, le 26 août 2024, l’agent commercial de SCH est assassiné dans un van à la sortie d’une boîte de nuit de la Grande-Motte par un commando. Les assaillants, avec qui les enquêteurs ont établi un lien à la DZ Mafia, visait au départ le rappeur. Cet assassinat survient à la suite de nombreuses tentatives d’extorsion subites par SCH. 

Ce genre de pratiques fait partie du panel d’activités de la DZ Mafia. L’organisation est dite “polycriminelle” car, conformément au modèle traditionnel d’une mafia, ses opérations ne se résument pas à une seule activité mais à une multitude de pratiques : trafic de stupéfiant, escroquerie, racket… Ici, le produit est un moyen au service de la construction d’une économie mafieuse. 

Étant la troisième consommatrice de cannabis et la septième de cocaïne de l’UE, la France est un terrain propice au trafic de stupéfiants. Son marché explose avec, par exemple, une augmentation de la qualité de la cocaïne et une baisse de son prix (compte tenu de l’inflation). La DZ mafia consacre ainsi une grande partie de ses efforts au trafic de stupéfiants. Afin d’en assurer le contrôle, celle-ci doit mener des opérations de racket et d’intimidation (qui peuvent mener à des règlements de compte violents). L’argent accumulé est investi dans des sociétés de leasing, des restaurants, des bars ou des boîtes de nuit.  En cas de refus de coopérations, ces établissements peuvent se voir menacés voire attaqués. C’est le cas de Fatma qui a vu son restaurant à Alès être pillé et incendié le 21 février 2026 suite à de multiples menaces de racket par des membres revendiqués de la DZ mafia.  

Ainsi, la DZ mafia développe une économie mafieuse dans le but d’accumuler des ressources financières et de les investir dans l’économie légale. Ce processus est en pleine émergence; son ampleur et sa pérennité sont difficiles à mesurer mais il est encore trop tôt pour parler d’un “maillage aussi profond que celui des mafias historiques italiennes”.  


Vers la structuration d’une véritable mafia 

Cette emprise sur les territoires marseillais et leurs alentours ne se résument pas à une infiltration économique. La DZ mafia s’ancre progressivement dans les quartiers marseillais où, grâce au travail d’intimidation mené en amont, elle impose sa loi sur les points de deals et certains commerces extorqués sur lesquels elle lève une sorte “d'impôt criminel”. 

Cette implantation économique est accompagnée d’une infiltration de la sphère politique et des institutions étatiques. Des attaques sont par exemple menées contre des établissements pénitentiaires notamment à travers le groupe DDPF. Ce dernier, qui aurait des liens avec la DZ Mafia, a mené plus d’une quinzaine d’attaques visant des prisons et leurs personnels en avril 2025. La DZ Mafia s’attaque donc également directement aux institutions en se plaçant comme un contre-pouvoir de l’Etat. Cela passe également par la menace de fonctionnaires représentants la République tels que des professeurs, des magistrats ou encore des directeurs de centre pénitenciers.   

La DZ Mafia se pose ainsi en acteur politique faisant partie intégrante du paysage économique, politique et culturel. Le journaliste Guillaume Origoni décrit cette organisation comme un “corps social avec lequel il faut composer” tandis que Xavier Monnier évoque le développement d’une “contre-société”. Cependant, ce lien avec les institutions et les sphères politiques restent peu étayés.  



Conclusion 

Ainsi, la DZ Mafia ne correspond pas pleinement à la définition classique d’une mafia. Si elle reprend certaines méthodes mafieuses (intimidation, violence, diversification des activités criminelles et emprise territoriale), elle semble davantage s’inscrire dans une logique d’imitation et d’apprentissage que dans celle d’une organisation mafieuse pleinement structurée. Contrairement aux mafias historiques, elle ne présente pas encore un niveau avéré d’infiltration durable dans l’économie légale et les institutions. Son fonctionnement repose également sur une violence particulièrement forte et visible, plus proche de certains cartels que des mafias européennes contemporaines, qui privilégient aujourd’hui l’influence et l’intimidation.

La DZ Mafia apparaît donc plutôt comme une organisation criminelle en mutation, susceptible d’évoluer vers une structure mafieuse plus aboutie. Face à ce phénomène, il est essentiel d’éviter tout déni : l’extension de la violence criminelle constitue une menace réelle. La réponse doit toutefois dépasser la seule répression et s’attaquer aussi aux facteurs sociaux et territoriaux qui favorisent l’implantation durable de ces organisations.



Bibliographie


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